SpaceX dévoile Starlink Mobile au MWC : la "5G" par satellite pour tous en 2027, le Maroc attend toujours

Starlink Mobile
SpaceX a profité du Mobile World Congress 2026 pour officialiser le changement de nom de son service Direct-to-Cell en Starlink Mobile et lever le voile sur ses ambitions pour la prochaine génération de satellites. L'objectif est ambitieux : connecter tous les téléphones portables standards, partout dans le monde, sans modification matérielle, en comblant les zones blanches des réseaux terrestres. La première génération de satellites Direct-to-Cell, composée de 650 satellites, a déjà démontré sa viabilité, mais se limitait principalement aux messages textuels et aux données légères. La prochaine étape sera d'une toute autre envergure.

La deuxième génération de satellites, officiellement baptisée V2, constitue la véritable rupture technologique de cette annonce. Michael Nicolls, vice-président senior de l'ingénierie chez SpaceX pour Starlink, a expliqué que l'objectif était de proposer une connectivité qui « ressemble et se comporte comme un réseau 5G terrestre à haute performance » dans des conditions optimales. Les satellites V2 embarquent des puces et des antennes à balayage électronique conçues sur mesure par SpaceX, capables de gérer des milliers de faisceaux spatiaux pour offrir des débits environ 20 fois supérieurs à la génération actuelle, avec une densité de données cent fois plus élevée. Les vitesses de téléchargement pourraient atteindre 150 Mb/s dans des conditions idéales, ouvrant la voie à la voix, aux données, au streaming vidéo et aux appels vidéo dans des zones jusqu'alors totalement déconnectées. La couverture dans les régions polaires, historiquement mal desservies, sera également renforcée.

Il convient toutefois de nuancer ces promesses. Contrairement à un réseau 5G terrestre où les données font un trajet de quelques centaines de mètres, un paquet de données doit ici effectuer un aller-retour d'environ 1 000 km avec les satellites en orbite basse, ce qui pose inévitablement la question de la latence pour des usages sensibles comme le gaming. Starlink Mobile serait au mieux un service complémentaire aux réseaux existants, en concurrence avec les eSIM pour les voyages internationaux ou comme solution de secours en zone blanche, plutôt qu'un véritable concurrent des opérateurs traditionnels sur les marchés urbains.

Le déploiement de la constellation V2 est prévu pour démarrer à la mi-2027, avec l'objectif de mettre en orbite 1 200 premiers satellites en seulement six mois, à raison de plus de 50 satellites par mission. A terme, SpaceX vise une constellation de 15 000 satellites Direct-to-Cell pour une couverture mondiale continue. Mais ce calendrier audacieux repose entièrement sur la réussite de la fusée Starship, le seul lanceur lourd réutilisable capable de mettre en orbite ces satellites V2, plus massifs et complexes que la génération précédente. Bien que les vols d'essai aient progressé, Starship n'a pas encore atteint la fiabilité requise pour des missions commerciales régulières. Gwynne Shotwell, présidente de SpaceX, se montre néanmoins confiante et évoque un prochain vol test dans les semaines à venir. SpaceX s'appuie également sur le spectre S-band MSS récemment acquis auprès d'EchoStar pour assurer une portée internationale cruciale à son service.

Loin de vouloir supplanter les opérateurs télécoms, SpaceX positionne Starlink Mobile comme une solution complémentaire permettant aux opérateurs d'étendre leur couverture sans investir massivement dans des infrastructures terrestres coûteuses. Ce modèle a déjà séduit un premier partenaire européen majeur : Deutsche Telekom, qui prévoit d'utiliser la technologie pour garantir la connectivité dans dix pays européens à partir de 2028, là où la topographie ou les contraintes réglementaires complexifient l'extension du réseau terrestre. Ce partenariat valide la stratégie hybride de SpaceX, qui cherche à s'intégrer dans l'écosystème télécom existant plutôt qu'à le remplacer. La question reste de savoir si les tarifs seront suffisamment accessibles pour séduire le grand public, car les abonnements Starlink actuels restent encore peu compétitifs face aux offres des opérateurs traditionnels.

A l'heure où ces lignes sont écrites, Starlink n'est toujours pas disponible légalement au Maroc, que ce soit dans sa version résidentielle actuelle ou dans la future version Mobile annoncée au MWC 2026. L'ANRT n'a à ce jour accordé aucune licence d'exploitation à SpaceX sur le territoire marocain. Les résidents marocains qui y recourent actuellement le font donc en dehors du cadre légal, via des abonnements souscrits à l'étranger. Seuls les touristes étrangers peuvent légitimement l'utiliser lors de leur séjour au Maroc, leur abonnement étant souscrit et réglementé dans leur pays d'origine, à l'image d'un simple forfait mobile en itinérance internationale. Le lancement officiel au Maroc reste conditionné à un accord réglementaire avec l'ANRT, dont la date demeure inconnue.

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