Près d'un enfant marocain sur deux possède déjà son propre smartphone

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L'enfance numérique s'installe de plus en plus tôt au Maroc. C'est ce que révèle une étude menée par Kaspersky et le Centre marocain de recherches polytechniques et d'innovation (CMRPI), présentée cette semaine à Casablanca auprès d'un millier de parents marocains, issus aussi bien du milieu urbain que rural et de différents niveaux d'instruction.

Premier constat : 44,9% des enfants âgés de 10 à 16 ans disposent déjà de leur propre smartphone, et 42,4% supplémentaires ont accès à un téléphone partagé avec un parent ou une fratrie. Le téléphone reste ainsi la principale porte d'entrée vers le numérique, loin devant la télévision connectée (41,1%), l'ordinateur (27,8%), la tablette (24%) ou la console de jeux (10,1%). Seuls 3,5% des enfants n'ont accès à aucun appareil connecté. Cette autonomie s'installe souvent très tôt : 18% des enfants reçoivent leur premier smartphone personnel avant l'âge de 10 ans, et près d'un tiers avant 12 ans.

L'étude pointe aussi la place grandissante de l'intelligence artificielle dans les usages des plus jeunes : 67,9% des enfants interrogés utilisent déjà des outils d'IA, notamment pour leurs devoirs ou la création de contenus. Un chiffre à mettre en regard avec celui des parents capables d'identifier un contenu généré par IA, qui ne dépasse pas 25%.

Côté temps d'écran, 14% des enfants dépassent quatre heures par jour en dehors du temps scolaire, 9,3% se situent entre trois et quatre heures, 18,5% entre deux et trois heures, et 36,7% entre une et deux heures. Seuls 15,7% y passent moins d'une heure par jour.

YouTube domine largement les usages des enfants marocains, utilisé par 55,3% d'entre eux, devant WhatsApp (40%), les jeux en ligne (36,2%), Instagram (31,7%), Facebook (25,6%), TikTok (21,5%) et Snapchat (12,3%). Cette exposition numérique s'accompagne d'incidents bien réels : 21,1% des parents rapportent qu'au moins une situation problématique a déjà concerné leur enfant en ligne, dont 9,5% une exposition à un contenu choquant et 8,1% un contact avec un inconnu. Parmi les parents informés d'un tel incident, 45,1% ne l'ont pas appris directement de leur enfant, mais l'ont découvert par un autre biais : en consultant son téléphone ou ses comptes (21%), en l'interrogeant (13,4%), ou via un tiers comme l'école ou un autre parent (4%).

Sans surprise, l'inquiétude parentale est massive : 81,4% des parents se disent préoccupés par ce que leur enfant peut rencontrer en ligne, dont 38,4% se disent « très inquiets ». Interrogés séparément sur chaque risque, ils placent en tête la dépendance aux écrans (86,5%) et les contenus inappropriés (81,1%), devant les fake news et deepfakes (74,9%), les contacts avec des inconnus (72,4%), la protection des données personnelles (71,8%), les arnaques (66,3%) et le cyberharcèlement (58,4%). Mais quand on leur demande de ne retenir qu'une seule préoccupation prioritaire, les contenus inappropriés (29,2%) et le temps d'écran (28%) concentrent à eux seuls plus de la moitié des réponses, loin devant les autres risques.

L'étude s'inscrit par ailleurs dans un contexte international préoccupant, un rapport de l'UNICEF portant sur vingt pays ayant estimé à 20 millions le nombre d'enfants de 12 à 17 ans ayant subi au moins une forme d'exploitation ou d'atteinte sexuelle facilitée par les technologies. Au Maroc, le cadre juridique spécifique à la protection des mineurs dans l'espace numérique reste encore en chantier, le Code pénal demeurant à ce jour la principale référence face à ces formes d'exploitation en ligne, en attendant la concrétisation d'un texte dédié évoqué depuis plus d'un an.

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