Autodesk Future of Making : Retour sur une journée dédiée au futur de la construction

D’ici 2050, nous serons près de 10 milliards d’habitants sur la planète, et 75 % d’entre nous vivront dans les grandes villes. Il faut dès aujourd’hui, bâtir 3 600 bâtiments de plus par jour que ce qui est déjà construit. Sans parler des infrastructures comme les routes, les ponts… Pour répondre à cette demande, il est temps de repenser notre façon de concevoir et de fabriquer le monde qui nous entoure !

C’est pourquoi, jeudi 26 septembre 2019, Autodesk a organisé au Carré d’Or de Casablanca, une journée relative à la digitalisation des bâtiments et des infrastructures avec des invités prestigieux dont Madame Jenifer Rasamimanana , Consule de l’Ambassade des Etats-Unis au Maroc. Fort du succès de la première édition l’an dernier à Casablanca, ce forum, qui s’inscrit dans le plan de digitalisation tracé par le Royaume marocain, fut dédié aux technologies innovantes et aux dernières tendances qui transforment le secteur de l’architecture et de la construction. Cette matinée a consisté en une session plénière avec des keynotes d’experts et des retours d’expérience des professionnels de l’industrie.

José Raël, Directeur Commercial Afrique d’Autodesk a ouvert cette journée par une allocution rappelant les grands enjeux auxquels notre société est aujourd’hui confrontée : l’explosion de la population urbaine et plus de 80% de la population africaine qui aura moins de 16 ans d’ici 30 ans ; un réchauffement climatique dont les impacts sont de plus en plus significatifs ; une industrie du bâtiment qui fait partie des secteurs générant le plus de déchets au monde et qui souffrira à très court terme d’un manque de main d’œuvre, l’adoption des nouvelles technologies au service de la ville, etc.

Selon José Raël : « Tous ces enjeux représentent une opportunité de mieux faire. Des technologies qui paraissaient futuristes il y a encore quelques années, sont aujourd’hui bien là pour construire nos villes, nos bâtiments et nos infrastructures. » D’ailleurs, Emmanuel Di Giacomo, Responsable du développement des écosystèmes BIM chez Autodesk, ajoutera, un peu plus tard dans la journée « qu’il est possible de répondre à ces défis de changement grâce à une meilleure conception des bâtiments : à savoir, en optant pour une approche générative qui combine calculs et création, de sorte à réaliser des économies de temps et d’argent tout en maîtrisant mieux le process de cycle de vie d’un projet et en optimisant son empreinte carbone. »

À la suite de cette introduction, Reda Kessanti, BIM Manager au sein du cabinet d’architecture Zaha Hadid, est intervenu pour témoigner de son utilisation des technologies pour la construction du Grand Théâtre national de Rabat. Les technologies BIM (Building Information Modeling) permettent d’optimiser la collaboration entre les différentes parties prenantes d’un projet de construction, autrement dit selon lui « Think Smart, Plan Smart and Do Smart. » La construction du Grand Théâtre de Rabat est un projet d’envergure et complexe de plus de 27 000m² avec la volonté de relier les deux rives du fleuve Bouregreg. Une première phase a consisté à la réalisation d’une lecture géographique urbaine. Il a ensuite fallu dessiner les tracés naturels de la vallée du Bouregreg et être dans une logique de hauteur et non uniquement en planimétrie. « Cela aurait été impossible sans l’utilisation des technologies BIM » a précisé Reda Kessanti. Dans la seconde phase, l’équipe du cabinet Zaha Hadid a repensé le projet initial de sorte à intégrer tous les différents volumes du théâtre et bâtir un lieu cohérent aussi bien pour les visiteurs que ses futurs employés. « Ici encore, l’appui du BIM a été crucial », indique Reda Kessanti avant de poursuivre : « la technologie BIM a permis l’intervention de tous les experts (acoustiques, etc.) dans ce projet de maquette, de voir quel était l’impact de chaque corps de métier sur les autres, de visualiser en 3D les différentes coupes possibles. Le résultat final est une construction réalisée similaire en tous points à celle maquettée. »

Suite à cela, Madame Jenifer Rasamimanana, Consule de l’Ambassade des Etats-Unis au Maroc, a fait l’honneur de sa présence afin d’évoquer les enjeux de la digitalisation africaine poussée par le Maroc en tant que hub régional. « Il est logique que les entreprises américaines opérant dans le secteur numérique soient présentes au Maroc car, comme nous le savons, le gouvernement marocain est déterminé à transformer le secteur public grâce à sa stratégie numérique et son Plan Digital Maroc 2020. Au moment où le Maroc est considéré comme la porte d’entrée de l’Afrique, l’intégration des technologies numériques dans le secteur public sera primordiale pour attirer davantage d’investissements américains et étrangers au Maroc. Les solutions innovantes d’Autodesk et son expertise reconnue pourront contribuer grandement à la création de stratégies de modernisation, et ce dans les secteurs privé et public », a-t-elle déclaré.

Un autre retour d’expérience sur la transformation digitale des projets a été proposé à l’assemblée. Celui de Mohamed Enhili, Responsable de bureau d’études chez Jet Contractors. « Le BIM et la transformation digitale sont le bras armé de toute stratégie d’entreprise », introduit-il avant d’expliquer les différents process de travail au sein de Jet Contractors : montage d’une maquette numérique grâce à un scan 3D, phase de design-to-fabrication dans laquelle la matière première est transformée en vue du chantier, lancement de la production puis livraison du chantier. C’est notamment via ces processus que Jet Contractors a réalisé les chantiers de la tour CIMR, du Grand Théâtre de Rabat ou encore celui de la gare de Casablanca, etc. Mohamed Enhili a conclu son intervention ainsi : « L’utilisation du BIM a été indispensable et nous a permis de mener à bien des projets complexes devant prendre en compte un environnement plus large déjà existant. Nous n’avions pas d’autre choix que le BIM pour cela. »

La digitalisation du patrimoine est un thème qui également été abordé par Salim Benmlih, Directeur Général de Geodata. « Un exemple récent de digitalisation du patrimoine et parlant à tous, est celui de Notre-Dame de Paris. Une société spécialisée dans le relevé architectural et archéologique avait déjà modélisé l’édifice et est actuellement en phase de création d’une maquette BIM post-incendie qui permettra d’accompagner les travaux de rénovation et de reconstruction », explique Salim Benmlih. Avant de poursuivre : « De manière plus globale, grâce aux technologies de scan 3D et de prises de vue aérienne permises entre autres par les drones, nous pouvons réaliser une maquette numérique de tous nos monuments historiques. » La digitalisation abolit les frontières et créé de nouvelles opportunités. Grâce aux diverses technologies évoquées, n’importe quelle entreprise dans le monde, peut ainsi concourir à un appel d’offre de rénovation d’un patrimoine local. Salim Benmlih donne ainsi un autre exemple étonnant. Celui d’un appel d’offre pour la Médina de Fès dont la maquette scannée en 3D a été envoyée à 150 architectes dans le monde pour faciliter le travail en commun. Il conclura son intervention avec la nécessité de développer un patrimoine 2.0 permettant des visites virtuelles de toutes les médinas marocaines !

Enfin, l’assistance a pu suivre un débat entre quatre panélistes – chercheurs universitaires et professionnels de l’industrie de la construction. Il ressort de celui-ci les principales idées suivantes :
  • Le BIM est plus qu’un outil, c’est une philosophie.
  • Au-delà du périmètre de la construction, le BIM peut aussi être utilisé pour gérer la maintenance des bâtiments et infrastructures.
  • S’appuyer sur le BIM pour une réalisation ne coûte pas plus cher que les méthodes traditionnelles. D’ici quelques années, celles-ci auront d’ailleurs un coût plus élevé puisqu’elles prendront plus de temps qu’une construction via le BIM.
  • Proposer cette technologie permet de motiver, fidéliser et recruter les jeunes talents
  • Les autorités marocaines sont prêtes pour cette transformation. Elles sont déjà passées au tout numérique en 2017. L’idéal serait qu’elles suivent l’exemple de la ville de Dubaï, première ville à avoir imposé le BIM pour les grands projets.
  • Le Maroc doit avoir l’ambition de s’arrimer à la transformation digitale de la construction. De la même manière que le Royaume a su développer sa filière automobile mondiale, il doit favoriser une filière de la construction.
  • Le BIM supprime les barrières et donne une chance aux entreprises marocaines d’avoir un rôle clé à jouer sur la scène internationale.
Une zone d’expérience et d’exposition a permis, en outre, aux participants d’assister à des démonstrations, de découvrir et d’expérimenter des solutions technologiques comme la réalité virtuelle ainsi que d’échanger avec des experts.

Commentaires